Quartiers Jamaïque, camp Luka et Congo

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Hier j’ai passé la journée dans le nouveau quartier où nous sommes en train de préparer l’ouverture de 2 nouveaux Point des Soins. Alors que je m’apprête à rentrer en France dans moins de deux semaines pour une tournée missionnaire et pour commencer le programme de parrainage d’enfants en France, je voulais arpenter les « rues » des quartiers Jamaïque, camp Luka et Congo et voir par moi-même quelles étaient les conditions de vie de ce quartier.

Selon les statistiques disponibles 92% des habitants du quartier vivent en dessous du seuil de pauvreté. 57% des enfants de ces quartiers sont infectés et/ou affecté par le VIH/SIDA. Beaucoup de jeunes filles se prostituent et il n’est pas rare de voir des filles de 13/14 ans avec des bébés…

Après un trajet de 45 minutes dans les « transports » locaux (comprenez des taxi-bus), je rejoins Sandra, la coordinatrice du département Enfants et Orphelins Vulnérable de notre programme pour prendre un nouveau taxi qui nous emmènera jusqu’à l’entrée du quartier Jamaïque. Nous montons dans une petite voiture bleue si vieille et si rouillée que j’ai du mal à croire qu’elle roule encore. Une file de voiture est devant, encore un embouteillage. Mais ceci n’est pas un problème pour notre chauffeur qui ne se gêne pas pour se déporter en contre sens pour dépasser tout le monde et s’insérer quelques mètres plus loin juste à temps pour éviter le taxi-bus arrivant en face.

Il est 8h00, nous venons d’arriver. Nous attendons les deux moniteurs qui nous accompagneront pour cette journée, nous prions quelques instants et nous mettons en route.4

L’avenue principale grouille de monde et plein de petites boutiques la longe. On vend du pain, des avocats mais aussi des sceaux, des cuvettes de toilettes ou encore des tuyaux en tout genre. Il y a aussi quelques boutiques de vêtements d’occasion tous droits venus d’Europe et des bars et terrasses. Les enfants et les grands, curieux de voir une femme blanche crient « chinois » (souvent les personnes ne font pas la différence entre blanc et asiatique…) ou « mundélé » (blanc en Lingala). Un peu plus loin, le fameux cimetière de Kinsuka fait son apparition. Ce n’est pas la première fois que je m’y rends, mais l’état lamentable de ce cimetière m’étonnera toujours. Des herbes hautes ont poussées un peu partout, les tombes sont tellement nombreuses que par endroits vous ne pouvez faire un pas sans marcher sur l’une d’elle. Certaines sont fracturées et on peut voir des vêtements mortuaires dépasser. Ou bien certains ont fait de ces tombeaux un lieu de vie ou un abri quand il pleut. Il y a tellement de tombes que celles-ci débordent sur le bord de la route, se cassant à tout moment…

Nous marchons quelques mètres avant de nous engouffrer dans une petite rue sur notre droite. La « rue » est en fait une longue allée de sable jonchées de déchets. L’odeur n’y est pas très agréable et il y a de nombreuses maisons accolées les unes aux autres, aussi bien en tôles qu’en briques. Des câbles électriques emmêlés et improbables sont au-dessus de nos têtes, sur de fines tiges en bois reliant le poteau principal aux petites maisons, donnant occasionnellement le courant à ses habitants. Nous arrivons chez la première famille pour leur annoncer la bonne nouvelle : leurs deux enfants sont acceptés dans notre programme. Les enfants sont curieux et souriants, l’espoir qu’ils vont bientôt pouvoir à l’école réjouit ces deux garçons de 8 et 7 ans. Nous prenons quelques photos, discutons un moment avec la maman pour lui expliquer les prochains pas et poursuivons notre route. Nous visitons encore 6 familles ce jour-là. Les voisins nous interpellent, eux aussi ont des enfants orphelins à leur charge et demandent notre aide. Nous nous installons sur des chaises en plastique à l’ombre d’un arbre et commençons un entretien pour voir si cette nouvelle famille pourra ou non bénéficier de notre programme. La maman d’une trentaine d’année appelle sa maman âgée pour participer à l’entretien. La « mama » est très âgée et se déplace difficilement. Elle ne connait pas sa date de naissance, comme beaucoup d’autres congolais. Elle garde l’enfant de son fils porté disparu. La mère de l’enfant est décédée il y a quelques années. Ils vivent à 14 personnes dans une petite maison en briques de quelques mètres carrés. La vie est difficile pour tout le monde dans ce quartier mais pour certains plus que pour d’autres.

Pendant que nous discutons, nous sommes interrompus par des cris, un jeune enfant vient de se brûler à cause d’un brazero posé à même le sol, avec des charbons brûlants dessus. Tous le monde se presse pour aider l’enfant, lui mettent du savon et frotte la brûlure avec un grattoir d’éponge …Je serre les dents et j’ai mal pour cet enfant puisque ce traitement ne me semble pas soulager le petit, bien au contraire. Puis une mama voisine énervée saisie une grosse marmite et commence à frapper violement une petite fille qui peut avoir 7 ou 8 ans. Nous lui demandons d’arrêter immédiatement. La petite part en pleurant. Apparemment elle n’a pas bien surveillé l’enfant et c’est de sa faute si celui-ci s’est brûlé… Un peu plus tard, alors que nous poursuivons notre questionnaire, un jeune homme part se laver dans la « douche » en face de nous. La douche en question, c’est plusieurs bâches tendues par des morceaux de bois et un sceau d’eau qui sert à s’arroser. Nous voyons dépasser la tête du jeune homme qui se savonne juste devant nous…

Après un peu plus d’une heure d’entretien, nous quittons la famille pour poursuivre notre route, nous expliquons que nous aurons une réunion pour décider si leur enfant pourra ou non rejoindre notre programme.

Les visites s’enchaînent et la chaleur est intense. A 13h10, nous nous arrêtons à une petite terrasse pour nous rafraichir un peu. Un fanta et une banane avalée, c’est reparti pour toute une après-midi de marche. Le soleil est bien plus fort à présent, malgré ma crème solaire à indice 50, mes bras commencent à rougir. Nous visitons d’autres familles ainsi que 2 maisons pour voir où nous allons accueillir les enfants nouvellement recrutés pour notre programme.

En route, nous arrivons devant un spectacle assez amusant. Des travailleurs sont en train d’installer des éclairages publics. Deux personnes sont en haut d’une petite grue et travaillent durement malgré la chaleur. En face d’eux, une trentaine d’enfants sont assis devant une boutique, émerveillés par ce spectacle. On se croirait un mercredi après-midi dans une salle de cinéma en France, sauf que là, le film est quelque peu différent ! Comme disais quelqu’un, il en faut peu pour être heureux !

Je suis épuisée, mes pieds me font mal et j’ai attrapé un beau coup de soleil aux bras. Il est temps de rentrer, faire face à presque une heure dans les taxi-bus pour le trajet de retour. Dieu fait grâce, il n’y a presque pas d’embouteillage et j’arrive à la maison pour 17h30.

J’aurais tellement voulu prendre 1000 photos et vidéos, capturer les odeurs et les couleurs pour vous faire comprendre l’ambiance de Jamaïque, camp Luka et quartier Congo, mais cela est impossible. Prendre des photos est très mal vu ici, surtout si c’est un blanc qui les prend. Les personnes ne veulent pas montrer le mauvais côté de Kinshasa au monde, ils ont peur que cela donne une mauvaise réputation à leur pays. Mais j’ai quand même réussi à trouver quelques photos sur internet pour vous et j’ai « volé » quelques vidéos que je mettrais bientôt en ligne !

 

Soyez bénis

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